Entre le compact et le reflex, Olympus et Panasonic veulent créer une nouvelle gamme d'appareils photo numériques
Par Adrian Branco le jeudi 7 août 2008 à 11:51
C'est en partenariat avec Olympus que Panasonic a présenté son "micro 4/3", un nouveau format pour les appareils photo. Nouveau entre parenthèses, puisque c'est seulement un nouveau standard d'utilisation des capteurs déjà existants et non un nouveau format de capteur. Pour faire simple, on garde le format et la taille desdits capteurs et on repense la façon de les utiliser.
Tout ça part d'une belle erreur
A l'origine, le format 4/3 a été autant acclamé que décrié. Acclamé parce que de taille inférieure aux capteurs d'APS-C: il devait permettre la construction d'appareils reflex de petite taille – le E-420 est un bon exemple – et il offre de bonnes propriétés optiques. Décrié car, petite taille oblige, il prend non seulement moins de lumière qu'un capteur plein format, mais moins aussi qu'un simple APS-C.
Or le positionnement original d'Olympus, pour le coup, était de proposer ces petits capteurs dans ses reflex. Bilan: ça se vend… mais pas tant que ça, le marché étant écrasé par Nikon et par Canon. Le capteur n'est pas à la hauteur des attentes de la grande majorité des utilisateurs d'appareil reflex. En cause: beaucoup de bruit et une qualité d'image moyenne.
On prend le même et on recommence: une nouvelle gamme d'appareils

Micro 4/3, comment ça marche? C'est très simple: on prend un capteur 4/3, on change la façon de l'utiliser et donc le positionnement des appareils qui en tireront parti en s'appuyant sur les forces du capteur. Car s'il est certes plus petit qu'un capteur de reflex, le 4/3 est largement plus gros et performant qu'un capteur de compact (voir image). Ensuite, conscients du fait qu'il ne peut rivaliser avec les capteurs plein format – l'avenir des reflex – mais qu'il est en même temps trop gros pour entrer dans un compact, Olympus et Panasonic lui créent un nouveau positionnement, entre les compacts et les reflex: un appareil plus imposant qu'un gros compact mais bénéficiant d'optiques interchangeables. On diminue le diamètre des objectifs tout en conservant la rétrocompatibilité avec les optiques existantes au moyen d'une bague, on ajoute des contacteurs pour les autres constructeurs qui seraient tentés par l'aventure, et voilà . On se retrouve avec un appareil qui navigue entre deux eaux, avec pour ambition de contenter non pas les pros – encore que bien des reporters devraient apprécier la petite taille et le fait de pouvoir changer les optiques - mais bel et bien le grand public, effrayé ou découragé par les reflex mais frustrés par les limitations des compacts.
Adieu à la visée reflex et bonjour à la vidéo: ce qui change avec un Micro 4/3
Comment les constructeurs ont-ils réussi à réduire autant la taille des caméscopes? Comment se fait-il que les APN compacts soient si petits? Parce qu'il n'y a plus de partie mécanique! Pour le Micro 4/3, c'est pareil: le standard se passe donc du miroir et du prisme propres aux reflex (cliquez à droite sur l'image) et, du coup, permet la conception de boîtiers plus compacts. La limitation étant alors la grande taille du capteur, qui nécessite des optiques bien plus grandes que celles des compacts. Comme la distance de l'optique au capteur est réduite, on peut donc créer des optiques tout de même plus petites que celles qui existent. Pour éviter de mécontenter les consommateurs qui ont déjà des optiques Olympus – ou d'autres constructeurs, le format étant ouvert – et pour proposer un vaste champ d'objectifs dès le lancement, on fait une petite pirouette technique en proposant une bague d'adaptation pour les optiques 4/3 en attendant la disponibilité des Micro 4/3.
Ensuite, le capteur, affranchi des contraintes mécaniques, peut donc aussi s'exprimer en vidéo, a contrario des reflex. Et là encore vient pointer une autre utilisation: un APN caméra à objectifs interchangeables. Quand on voit le prix des adaptateurs grand-angle et ce que grand-angle signifie en vidéo (40 voire 35 mm), les vidéastes amateurs pourraient s'emparer du concept et monter des 28 mm pour pas cher.
Recyclage d'Olympus?
Si le partenariat entre Panasonic et Olympus est fort, les deux comparses ne jouent pas aussi gros dans le format. Pour Panasonic, qui a Leica comme partenaire pour ses optiques, c'est une expérience intéressante qui tire sa gamme gentiment vers le haut, sans avoir la prétention de contenter les pros. Pour Olympus cela ressemble plus à un virage, autant technique que marketing. Compétent dans les optiques et historiquement toujours assez novateur (petits boîtiers, LiveView) – bien qu'ayant raté le coche de l'autofocus – Olympus, dont les compacts marchent assez correctement, a cependant bien du mal à faire face aux géants dans la catégorie reflex, d'autant que son choix de capteur 4/3 n'est, dans ce domaine, peut-être pas le meilleur.
En créant une nouvelle niche, Olympus peut à la fois répondre à un réel besoin des consommateurs – le compact à optiques interchangeables est un fantasme non seulement de photographe mais aussi d'un grand public soucieux de ne pas avoir recours à des lance-roquettes pour prendre des photos de famille – et offrir à la marque un nouveau terrain de commercialisation où elle serait, un temps au moins, dans une position de quasi-duopole avec Panasonic.
La grande inconnue: la qualité des boîtiers et des images générées
En toute objectivité, le format est très séduisant. Mais – car il y a un "mais" – il faudra que la qualité suive. Non seulement côté objectifs, mais aussi pour la bague destinée à adapter les anciennes optiques; des progrès doivent aussi être fait sur le capteur en lui-même, car il génère toujours pas mal de bruit; il faudra enfin offrir une bonne stabilisation mécanique, les optiques d'Olympus n'étant en effet pas stabilisées mais reposant sur le boîtier pour compenser les mouvements parasites.
Si tout cela est accessible à un prix intéressant – c'est-à -dire entre le prix des APN et celui des reflex, les défenseurs du format 4/3 pourraient marquer un grand coup. On jugera de tout cela à la Fotokina en septembre!





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